Sur le droit à la réparation, l'Europe est la zone la plus avancée : une seule directive couvre déjà 450 millions d'habitants[1][2], loin devant les 11 États américains sur 50[3] et le zéro loi de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud[4]. Le Royaume-Uni et l'Australie ont chacun une loi, mais plus étroite : réservée aux réparateurs professionnels, et limitée à l'électroménager ou à l'automobile[5][6].
Cette rapidité européenne tient à sa mécanique institutionnelle propre : une directive votée une seule fois à Bruxelles s'impose aux 27 États membres avec une date de transposition commune, sans que chacun ait à mener seul son propre débat parlementaire[1]. Aux États-Unis, il n'existe pas d'équivalent fédéral : chaque État part de zéro. Ainsi, au bout de 14 ans, seuls 11 États sur 50 possèdent une réglementation sur ce sujet[3]. L'avance européenne tient donc à une machine institutionnelle particulièrement efficace, capable de l'imposer aux 27 en même temps.
Cette note compare les États-Unis, l'Europe (Royaume-Uni compris), les trois principales économies d'Asie (Chine, Japon, Corée du Sud), le Canada et l'Australie. Le reste du monde n'a pas été étudié et n'est pas commenté. Note, méthodologie et sources : 13 août 2026 (v4).
Deux choses qu'il ne faut pas confondre
Le droit à la réparation, c'est le droit pour le propriétaire, ou pour un réparateur indépendant de son choix, de réparer un produit lui-même : le fabricant est obligé de vendre les pièces détachées à n'importe qui, de publier la documentation technique, et de ne pas verrouiller la réparation par un logiciel[1][4]. Cela est valable pour tous les produits couverts par une loi, qu'ils soient sous garantie ou non, cassés par accident ou par usure normale.
La garantie légale, c'est autre chose : l'obligation pour le vendeur ou le fabricant de réparer, remplacer ou rembourser un produit défectueux, mais uniquement via son propre service, pendant une période de garantie. Ce n'est pas un droit à réparer soi-même ni à faire réparer par qui on veut : un fabricant peut respecter sa garantie légale à la lettre tout en gardant le monopole total de la réparation, en refusant de vendre la moindre pièce à un réparateur indépendant. La garantie légale existe dans quasiment tous les pays du monde, y compris en Chine, au Japon et en Corée du Sud[7][8][9].
Pour la Chine, le Japon et la Corée du Sud, il n'y a pas de droit à la réparation, mais il existe une protection du consommateur[7][8][9]. Les deux ne s'excluent pas, et confondre les deux serait exactement le genre d'erreur qu'on veut éviter ici.
Comparatif par zone
Pour chaque zone : le droit à la réparation (compté sur la carte), puis la garantie légale classique (pas comptée).
Union européenne
- Droit à la réparation : oui, directive (UE) 2024/1799, 27 pays sur 27[1]
- Garantie légale : oui, de longue date (droit de la consommation UE)
États-Unis
- Droit à la réparation : partiel, 11 États sur 50, aucune loi fédérale[3]
- Garantie légale : oui (garanties par État, loi fédérale Magnuson-Moss)[10]
Chine
- Droit à la réparation : non[4]
- Garantie légale : oui, réparation / remplacement / remboursement, réglementation renforcée en 2024[7]
Japon
- Droit à la réparation : non (durée de disponibilité des pièces = recommandation, pas une loi)[11][12]
- Garantie légale : oui (droit des contrats et de la consommation)[9]
Corée du Sud
- Droit à la réparation : non[4]
- Garantie légale : oui, critères de l'Agence de la consommation (KCA)[8]
Royaume-Uni
- Droit à la réparation : partiel, professionnels seulement, électroménager (2021)[5]
- Garantie légale : oui (droit de la consommation britannique)[5]
Canada (Québec)
- Droit à la réparation : oui, loi 29 (2023)[13]
- Garantie légale : oui (droit de la consommation, Québec)[13]
Canada (fédéral)
- Droit à la réparation : non (droit d'auteur seulement, pas d'obligation de vendre des pièces)[14]
- Garantie légale : oui (droit de la consommation, autres provinces)
Australie
- Droit à la réparation : partiel, professionnels seulement, secteur automobile (2022)[6]
- Garantie légale : oui (droit de la consommation australien)
Ce qu'il reste à faire, même en Europe
Même la directive européenne a des limites. Elle ne couvre que dix catégories de produits grand public : lave-linge, lave-vaisselle, réfrigérateurs, écrans, postes à souder, aspirateurs, serveurs, téléphones et tablettes, sèche-linge, et produits à batterie de mobilité légère[1]. Les lois d'État américaines suivent la même logique par catégorie plutôt que par produit en général : électronique grand public dans la plupart des États, fauteuils roulants et matériel agricole au Colorado, automobile au Massachusetts et dans le Maine[3][15][16].
Le Royaume-Uni et l'Australie ont un droit à la réparation plus étroit encore : réservé aux réparateurs professionnels enregistrés, fermé aux particuliers et aux réparateurs indépendants informels[5][6]. Avoir une loi ne veut donc pas toujours dire avoir un vrai droit à réparer soi-même ou à faire appel à qui on veut.
Et surtout, aucune de ces lois, ni en Europe, ni aux États-Unis, ni au Royaume-Uni, ni en Australie, ne couvre le matériel professionnel ou industriel : un chariot élévateur, un transpalette, un rayonnage. Ce type d'équipement doit respecter des règles de sécurité (marquage CE, règlement machines (UE) 2023/1230[17]), mais aucune loi n'oblige à vendre des pièces détachées ou à publier une documentation de réparation. Sur ce terrain, tout reste à construire, y compris en Europe.
La carte
Voir ci-dessus.
Une bulle par zone. La taille = la population couverte par un droit à la réparation effectivement voté (voir le comparatif). Chine, Japon, Corée du Sud : aucune bulle, la population couverte y est nulle. Smart Reuse, août 2026.
Ce qu'elle montre
Depuis le 31 juillet 2026, les 27 pays de l'Union européenne appliquent tous la même directive. Une seule loi couvre 450,4 millions d'habitants[1][2]. Sur la carte, la bulle « Europe » additionne cette population à celle du Royaume-Uni (voir plus bas pourquoi), pour un total de 519,9 millions d'habitants[18].
Aux États-Unis, le chemin a été long : la toute première loi remonte à 2012 (Massachusetts, réparation automobile), et il aura fallu 14 ans pour arriver à 11 États sur 50 avec une loi, sans qu'aucune loi fédérale n'existe. Liste complète : Massachusetts (2012, automobile), New York (2022), Minnesota (2023), Californie (2023), Colorado (2022-2024, 3 lois distinctes), Oregon (2024), Maine (2023, automobile)[19], Washington (2025, 2 lois)[20], Nevada (2025), Connecticut (2025), Texas (2025)[21][3]. Soit 16 lois au total, mais seulement dans 11 États sur 50 : la bulle américaine ne représente donc que la population de ces 11 États, 131,3 millions d'habitants, soit 38 % des 341,8 millions d'Américains[22][23][24].
Et l'Asie : Chine, Japon, Corée du Sud
Aucun des trois n'a de loi de droit à la réparation, au sens défini plus haut (voir le comparatif)[4] : leur bulle est donc nulle sur la carte, littéralement absente. Chacun a en revanche sa propre version de la garantie légale classique, plus ancienne et plus répandue dans le monde[7][8][9].
Royaume-Uni, Canada, Australie : le détail
Royaume-Uni, compté avec l'Europe
Les Ecodesign for Energy-Related Products Regulations 2021, en vigueur depuis le 1er juillet 2021, obligent les fabricants d'un groupe d'appareils électroménagers à fournir pièces détachées et documentation technique, mais uniquement aux réparateurs professionnels, pas aux particuliers ni aux réparateurs indépendants non enregistrés[5]. Le Royaume-Uni n'est plus membre de l'UE depuis le Brexit et n'applique pas la directive (UE) 2024/1799 : ce n'est donc pas la même loi que celle des 27, et son droit à la réparation est plus étroit (professionnels seulement). Sur la carte, sa population (69,5 millions d'habitants, estimation mi-2025)[18] est néanmoins additionnée à celle de l'UE dans une seule bulle « Europe » de 519,9 millions d'habitants.
Canada, compté pour le Québec seulement
Le Québec a voté sa propre loi contre l'obsolescence programmée (projet de loi 29, sanctionné en octobre 2023), qui oblige fabricants et commerçants à fournir pièces, outils et documentation de réparation à prix raisonnable, avec un volet automobile ; les obligations sur la documentation entrent en vigueur en octobre 2025[13]. C'est un droit à la réparation complet, du même niveau que la directive européenne ou les lois d'État américaines. Au niveau fédéral, le projet de loi C-244, sanctionné en novembre 2024, autorise seulement le contournement des verrous numériques à des fins de diagnostic, d'entretien ou de réparation ; il n'oblige aucun fabricant à vendre une pièce ou à publier une documentation, et ne remplit donc pas la définition retenue ici, un peu comme la garantie légale en Asie[14]. La bulle « Canada » sur la carte ne représente donc que la population du Québec, 9,0 millions d'habitants[25], pas les 41 millions de Canadiens.
Australie, comptée en totalité
Le Motor Vehicle Service and Repair Information Sharing Scheme, obligatoire depuis 2022 en vertu du Competition and Consumer Act 2010, exige les constructeurs automobiles à donner accès aux données de diagnostic et de réparation aux réparateurs indépendants professionnels, à prix de marché[6]. Comme au Royaume-Uni, ce droit est réservé aux professionnels, pas aux particuliers, et limité au secteur automobile, mais il est national. La bulle australienne représente donc la population totale du pays, 27,6 millions d'habitants[26], même logique que pour le Massachusetts et le Maine aux États-Unis, où une loi automobile compte pour toute la population de l'État.
Méthodologie et vérification
Pour la liste des lois américaines, trois sources indépendantes ont été croisées : U.S. PIRG (« The State of Right to Repair », mise à jour du 23 janvier 2026)[3], le tableau État par État de Wikipedia (« Right to repair »)[15], et la note du cabinet d'avocats Morgan Lewis « Navigating the Right to Repair Landscape in 2026 » (juin 2026, qui cite les numéros de texte de loi exacts)[16]. Les trois s'accordent sur les onze États listés ci-dessus.
Une première version de cette note ne comptait que 9 États, parce que la recherche initiale ne portait que sur l'électronique grand public et avait laissé de côté la catégorie automobile. Or le Massachusetts (2012) et le Maine (2023) ont chacun une loi sur le droit à la réparation automobile (accès aux données de diagnostic et de télématique des véhicules)[19][16]. Cette omission a été corrigée après une seconde passe de vérification : le Massachusetts est en réalité le tout premier État américain à avoir légiféré sur le sujet, dix ans avant l'électronique.
A aussi été vérifié, et exclu à raison : le Dakota du Sud, premier État à avoir déposé un texte sur le sujet (SB136, 2014), mais ce texte n'a jamais été adopté[27]. Aucun autre État n'a de loi en vigueur en dehors des onze listés, à la date de cette note.
Limite assumée : il n'existe pas de registre législatif mondial centralisé et incontestable. Cette note s'appuie sur les meilleures sources publiques disponibles (associations de consommateurs, cabinets d'avocats spécialisés, textes officiels), recoupées entre elles à chaque fois que possible, mais ne remplace pas un avis juridique. Pour l'Europe et pour la Chine, le Japon et la Corée du Sud, les sources utilisées sont autant que possible les textes officiels eux-mêmes (Journal officiel de l'UE[1], règlement chinois sur la protection des consommateurs[7], Agence coréenne de la consommation[8]) plutôt que des résumés, ce qui limite le risque d'erreur.
Sources
- Directive (UE) 2024/1799
- Eurostat, population de l'UE (janvier 2025)
- U.S. PIRG, état des lois Right to Repair
- The Repair Association, droit à la réparation dans le monde
- House of Commons Library, UK Right to Repair Regulations
- ACCC, Motor Vehicle Service and Repair Information Sharing Scheme (Australie)
- gov.cn, règlement d'application de la loi sur la protection des consommateurs (juillet 2024)
- Korea Consumer Agency, critères de règlement des litiges
- Accio, base légale de la durée de disponibilité des pièces au Japon
- FTC, Magnuson-Moss Warranty Act
- RCLIP Waseda, le Japon a-t-il besoin d'une loi sur le droit à la réparation
- IEA, loi japonaise sur l'utilisation efficace des ressources
- Québec, projet de loi 29 sanctionné (2023, chapitre 21)
- Parlement du Canada, sanction royale du projet de loi C-244
- Wikipedia, Right to repair (tableau des lois d'État américaines)
- Morgan Lewis, panorama du droit à la réparation en 2026
- EUR-Lex, règlement machines (UE) 2023/1230
- ONS, estimation provisoire de la population du Royaume-Uni (mi-2025)
- Ballotpedia, loi automobile du Maine (Question 4, 2023)
- EFF, loi de l'État de Washington
- PIRG, Texas et Connecticut
- World Population Review, population par État américain
- Wikipedia, Demographics of the United States
- U.S. PIRG, couverture population américaine
- Statistique Canada / ISQ, population du Québec (1er janvier 2026)
- Australian Bureau of Statistics, population nationale (30 juin 2025)
- EFF, soutien au texte du Dakota du Sud (2014, jamais adopté)
Note méthodologique Smart Reuse, 13 août 2026 (v4). Cette synthèse ne constitue pas un avis juridique.




